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Accueil du site || Actualités || La canonisation de saint Bernard Tolomei

En écho à la canonisation de saint Bernard Tolomei (26 avril 2009)

Attendue depuis bien longtemps, cette proclamation officielle de la sainteté du fondateur de notre famille monastique – la Congrégation bénédictine Sainte-Marie de Mont-Olivet – a été rendue possible grâce à la reconnaissance par le pape Benoît XVI (3 juillet 2008) d’un miracle dû à l’intercession de celui qui n’était encore que le bienheureux Bernard Tolomei. Si l’on se souvient que Bernard vit au XIVème siècle en Toscane et si l’on ajoute que ledit miracle qui garantit sa sainteté date de septembre 1946, on conviendra qu’il s’est agi dans le cas de notre fondateur d’un long chemin vers la canonisation. Mais ce délai n’entame pas la joie de ses fils qui voient aujourd’hui son itinéraire de vie chrétienne et son choix monastique proposés comme un modèle de sainteté à toute l’Église. Comme l’écrit un frère olivétain : Bernard lui-même se moque probablement des ‘honneurs’ qu’on lui décerne ici-bas, lui qui est déjà glorifié par le seul Saint, source de toute sainteté. Son portrait géant accroché sur la façade de la basilique Saint-Pierre ne le réjouit que dans la mesure où il contribue à élever les regards et les cœurs vers Dieu.

le portrait géant

Notre monastère s’est largement associé à la préparation de l’événement : frère Bernard fut chargé de la rédaction du livret biographique publié à cette occasion et réalisé par les Éditions du Signe ; et frère Jérôme réalisa pour le monastère de Mont-Olivet une grande icône du fondateur, où son visage, au centre, est entouré par dix-huit petites scènes de la vie du saint. Le vernis en était à peine sec quand nos délégués à l’événement – Père Bertrand, frère Bernard et sœur Grégoire-Marie – s’envolèrent pour Rome, quatre jours avant la date de la canonisation, qui avait été fixée au troisième dimanche de Pâques, 26 avril. Pour nous préparer à vivre spirituellement cette grâce, une courte retraite avait été organisée pour tous les membres de la large famille olivétaine venus à Rome : occasion de mieux nous connaître dans nos diversités, et pas seulement géographiques (Corée, Europe, Hawaï et autres monastères outre-Atlantique, Ghana), entre moines, moniales, moniales-oblates, sœurs apostoliques, oblats séculiers… et ainsi de nous redire notre spécificité olivétaine, de nous rassembler en un seul corps fraternel selon le désir de notre fondateur.

La retraite préparatoire

Après deux jours d’écoute de témoignages, parmi lesquels celui, précieux, du Postulateur de la cause, d’échanges, de prière, il nous fut proposé, à la veille de la canonisation de renouveler notre profession en chantant tous ensemble, au cours des vêpres, le Suscipe (« Accueille-moi, Seigneur selon ta parole et je vivrai ; ne me déçois pas dans mon attente ! ») puis de vivre un grand geste de paix et de réconciliation – désir de vraie communion –, entre tous : ce fut sûrement l’un des temps les plus forts de cette retraite préparatoire. Après une ultime veillée de prière dans la basilique Sainte-Françoise Romaine (église de notre monastère olivétain de Rome), le jour attendu finit par arriver. Des cinq bienheureux canonisés ce jour-là, Bernard Tolomei était celui dont la délégation était la moins nombreuse : nos foulards blancs peinaient à se manifester au milieu des rouges, verts et autres agités par les enfants et paroissiens des œuvres fondées en Italie, à la fin du XIXème siècle, par Arcangelo Tadini, Geltrude Comensoli, Caterina Volpicelli. Quant à Nuno Álvares Pereira, bien que sa vie nous reporte elle aussi au XIVème siècle, il est vénéré comme un héros national par les Portugais : autant dire qu’à l’applaudimètre, il réussit une belle performance.

Fr.Bernard et P. Bertrand , place Saint-Pierre

Si les olivétains étaient les moins nombreux et les plus discrets, nous ne fûmes pas les moins visibles dans la splendide liturgie romaine qui se déroulait au beau milieu de la Place Saint-Pierre : jeunes moines servant comme porte-mitre ou porte-micro du pape ; le miraculé de 1946, aujourd’hui moine jubilaire du monastère de Rodengo, dom Placido, tout étonné de concélébrer avec le Saint-Père, de même bien sûr que notre Père abbé général et les autres abbés présents ; moines-prêtres chargés de distribuer la communion ; sans oublier ceux qui ne furent pas les moins chanceux : le petit groupe de chantres qui, après avoir interprété l’Ubi caritas grégorien, bénéficia des places du chœur de la Chapelle Sixtine, les plus proches du pape, délaissées par les titulaires pour cause d’une légère pluie précédant la célébration (il fallut abriter l’orgue donc les petits chanteurs sous le narthex de la basilique). Il va sans dire que la pluie cessa bien vite et que… le soleil refit son apparition au moment précis où les cinq nouveaux saints étaient canonisés.

Canonisation

Sobriété du rite latin : la canonisation consiste en une formule solennelle proclamée par le pape, qui engage là son autorité infaillible, attestant que lesdites personnes sont saintes et peuvent être inscrites dans la Liste officielle des saints et à ce titre vénérées dans toute l’Église – c’est la différence essentielle entre bienheureux (culte local ou à l’échelle d’une famille religieuse) et saint (culte universel) :

En l’honneur de la très sainte et indivisible Trinité, pour l’exaltation de la foi catholique et la croissance de la vie chrétienne, par l’autorité de notre Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux apôtres Pierre et Paul et la Nôtre, ayant mûrement délibéré et longuement imploré l’assistance divine, et sur le conseil de nombre de nos Frères, nous jugeons et définissons que les bienheureux Arcangelo Tadini, Bernardo Tolomei, Nuno de Santa Maria Álvares Pereira, Geltrude Comensoli et Caterina Volpicelli sont saints, et les inscrivons au Catalogue des Saints, établissant qu’ils doivent être pieusement honorés parmi les saints dans toute l’Église. Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

Place Saint-Pierre

Le triple Amen de l’assemblée, qui ponctue cette définition, est évidemment prolongé par une très longue ovation tandis que les reliques des nouveaux saints sont apportées au pied de l’autel. Le corps de saint Bernard Tolomei ayant disparu – probablement du fait de sa mort lors de la grande épidémie de peste de 1348 – nous, olivétains, devrons nous contenter de sa présence toute spirituelle. La liturgie eucharistique se poursuit alors. Retenons encore les paroles que le pape consacre à notre fondateur dans son homélie : Chez saint Bernard Tolomei, initiateur d’un mouvement monastique bénédictin, ressort également l’amour de la prière et du travail manuel. Son existence fut une existence eucharistique, entièrement consacrée à la contemplation, qui se traduisait en humble service du prochain. En raison de son profond esprit d’humilité et d’accueil fraternel, il fut réélu abbé par les moines pendant vingt-sept années consécutives jusqu’à sa mort. En outre, pour assurer l’avenir de son œuvre, il obtint de Clément VI, le 21 janvier 1344, l’approbation pontificale de la nouvelle Congrégation bénédictine dite de Sainte-Marie de Mont-Olivet. À l’occasion de la grande peste de 1348, il quitta la solitude de Mont-Olivet pour se rendre au monastère Saint-Benoît près de la Porta Tufi, à Sienne, afin d’assister ses moines frappés par le mal, et il mourut lui-même victime de la maladie comme un authentique martyr de la charité. L’exemple de ce saint nous invite à traduire notre foi en une vie consacrée à Dieu dans la prière et prodiguée au service du prochain sous l’impulsion d’une charité disposée même au sacrifice suprême. Fin de la cérémonie